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Juil 01 2010

Comment dépolluer Paris de la publicité

RAP n’étant pas invitée à participer à l’élaboration du RLP de Paris, nous nous sommes permis d’envoyer aux élus membres nos revendications sur l’affichage publicitaire.


Madame, Monsieur,

La France est réputée pour être la mauvaise élève de l’Europe, voire du monde, en matière de pollution visuelle par l’affichage. L’affichage publicitaire représente en France 12,5 % des dépenses des publicitaires, mettant notre pays au premier rang mondial pour ce média (4 % aux USA, 3,4 % en Allemagne).

Or, il est important de souligner deux phénomènes.
D’une part, la publicité prend une part croissante dans nos sociétés suscitant des réactions de plus en plus négatives de la part de nos concitoyens. Selon un sondage Ipsos datant du 13 novembre 2007, 79% des français jugent la publicité envahissante et 58% agressive.
D’autre part, de plus en plus de villes dans le monde bannissent les panneaux publicitaires de leurs villes pour des raisons esthétiques et d’amélioration du cadre de vie. Des villes ou des états comme Sao Paulo, Le Vermont, Le Maine, Hawaï, l’Alaska ou Bergen interdisent totalement l’affichage publicitaire.

Notre association, une des pionnières de l’antipublicité, a pour vocation dans ses statuts, « de lutter contre les effets négatifs, directs et indirects, des activités publicitaires sur l’environnement et les citoyens. » En particulier, nous avons inscrits, dans nos actions et réflexions, la lutte contre la « pollution paysagère et du cadre de vie ».

Ainsi, nous avons, depuis une dizaine d’années, dénoncé les abus de l’affichage publicitaire, tout en participant activement à la réflexion, avec d’autres associations, sur les problèmes d’application et les limites de la loi sur l’affichage de 1979. A ce titre nous avons activement participé aux premières discussions sur le RLP de Paris ainsi qu’à l’atelier du Conseil National du Paysage en 2009 et aux discussions autour de la loi Grenelle de l’environnement.

A l’occasion de la ré-ouverture des négociations du Règlement Local de Publicité de Paris, vous trouverez ci-dessous nos revendications prioritaires, qui constituent à nos yeux les mesures importantes et ambitieuses pour un Paris dépollué de la publicité.

1- la limitation de la taille des panneaux à 2 m² et des faces publicitaires à 50×70 cm (soit la division en 4 des panneaux de 2m²).

La taille maximale fixée par la loi est actuellement de 16m². Cette limite devrait être abaissée au maximum, pour que la publicité dans l’espace public ne soit plus aussi présente et ne s’impose plus aux passants. Des affiches de la taille 50×70 cm nécessitent une démarche active du piéton pour aller consulter le message. Ainsi des petites affiches permettent à la foi de garantir la liberté d’expression et de commerce tout en respectant le droit de chacun de ne pas recevoir de la publicité. Ce concept de liberté de non-réception est celui utilisé par les Déboulonneurs, dans le cadre de leurs actions de désobéissance civile, récemment relaxé par la justice (Tribunal de Grande Instance de Paris).
La question de la taille des affiches publicitaire se pose également pour les bâches publicitaires géantes. Ces bâches sont de plus en plus utilisées. On a vu qu’elles pouvaient défigurer les centre-ville de Rome ou même Venise. Nous pensons que Paris doit y résister fermement en fixant une limite à 2 m² pour toute publicité, qu’elle soit sur un panneau ou sur une bâche.

2- la fixation de règles de densité,

L’objectif est d’avoir moins de panneaux publicitaires dans Paris. Une règle d’interdistance entre deux panneaux permet d’y parvenir. Il est important de partir du principe que cette densité devrait être proportionnelle aux nombre d’habitants, sachant que nous souhaitons diminuer la pression publicitaire sur les individus. En effet, de récents comptages ont montré qu’une personne reçoit en moyenne 700 messages publicitaires par jour, ce qui est considérable.
NB : cette règle de densité doit bien sûr s’entendre pour tous les types d’affiches (micro-affichage, mobilier urbain, panneau…).

3- l’interdiction de la publicité dans un rayon de 100 mètres autour des écoles

Le principe de neutralité commerciale est essentiel. En effet, la publicité est interdite dans les établissements scolaires et ne devrait pas non plus s’exercer à la sortie des écoles, collèges et lycées. En effet les enfants et adolescents constituent des cibles de choix pour les publicitaires. Les messages publicitaires viennent parfois en totale contradiction des messages éducatifs (violence, publicité pour de l’alcool ou pour des produits trop gras ou sucrés, apologie du corps mince, compétition, sexisme). C’est la raison pour laquelle, au même titre qu’on souhaite protéger les monuments historiques ou les arbres, nous pronons l’interdiction de toute publicité dans un rayon de 100 mètres autour de tous les établissements scolaires parisiens.

4- l’interdiction des procédés énergivores (défilants, éclairés, vidéo)

A l’heure des engagements des États et des collectivités territoriales pour diminuer les gaz à effet de serre, les nouveaux panneaux publicitaires consommant de l’électricité pour faire défiler les affiches ou pour les éclairer ou les faire animer, constituent non seulement un gaspillage énergétique inacceptable, mais surtout un gaspillage qui s’exhibe dans la rue. Un panneau de 2m² éclairé et déroulant consomme autant qu’une famille pour ses besoins en électricité courants. L’enjeu n’est donc pas que symbolique.
D’autre part, il est possible de fixer dans le RLP de Paris une règle simple : celle de l’extinction des enseignes en dehors des horaires d’ouvertures des magasins.

5- l’interdiction a priori de tout nouveau procédé et l’autorisation au cas par cas de tout procédé qui n’est pas du papier collé sur une surface plane verticale.

L’imagination des afficheurs est débordante : pochoirs ou sol, publicité gonflable, sur des vélos, sonore, intrusive… Chaque nouveauté s’installe et s’impose dans l’espace public profitant à chaque fois d’un vide juridique et mettant les passants devant le fait accompli. Nous pronons l’idée de sortir de cette politique du fait accompli pour arriver à un régime d’autorisation dispositif par dispositif, sous l’autorité du Maire.

6- l’encadrement des publicités sur les devantures des commerces (pharmacies, micro-affichage, enseignes)

Le micro-affichage, récemment légalisé par la loi Grenelle 2 sous la pression d’une société privée, devrait être interdit par Paris.
Le RLP de Paris peut ainsi revenir sur les erreurs du Grenelle 2
Les devantures des commerces devraient également faire l’objet de règles encadrant l’usage souvent abusif de la publicité en vitrine, comme c’est actuellement le cas pour les pharmacies et les boutiques de téléphonie.

À cause d’une disposition obsolète de la loi de 1979 régissant l’affichage publicitaire, nous ne pouvons pas participer officiellement au groupe de travail RLP de Paris. Mais forts de notre expérience et de notre connaissance du terrain, nous souhaiterions vivement vous expliciter ces propositions lors d’une entrevue.

En vous remerciant de votre attention,
Bien cordialement,
Charlotte Nenner, Présidente de R.A.P.

R.A.P., Association Loi de 1901, créée en 1992
contact@antipub.org – www.antipub.org
24, rue de la Chine
75020 Paris

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