Quatre militant·es, soutenu·es par 28 organisations, viennent de comparaitre devant le Tribunal de Grande Instance de Lyon ce 4 mai 2026. Iels sont poursuivi·es pour avoir détourné 19 publicités dans l’espace public le 27 septembre 2025. La procureure a notamment requis 3 mois de prison avec sursis. Pour leur avocat, Me Forray, cette demande « criminalise le militantisme politique ».
Le 27 septembre 2025, les quatre activistes ont été appréhendé·es, menotté·es et mis·es en garde à vue durant 42 heures par la police le soir d’une action effectuée à Lyon. Ce lundi a eu lieu un rassemblement à 12h30 où une cinquantaine de personnes étaient présentes. Des membres des 28 organisations qui ont appelé à soutenir les prévenu·es étaient sur place. Certaines ont pris la parole (AJC, Tsedek, Extinction Rebellion, la Fosse aux Lyons, Faire Bloc faire peuple, le MAN Lyon et R.A.P.).

À l’audience, l’avocat des prévenu·es (dont trois étaient présent·es au procès), a introduit l’audience en relevant plusieurs irrégularités durant leur interpellation et leur garde-à-vue. Il a demandé la nullité de cette dernière ainsi qu’un complément d’information, mais cela a été refusé par la juge.

Une fois ce temps passé, il y a eu un rappel des faits et un échange entre la juge et les prévenu·es. Iels ont pu confirmer les éléments et expliquer leurs motivations. Un·e prévenu·e explique les objectifs de dénonciation du système publicitaire et de la volonté de sensibiliser avec ce type d’action : « on neutralise les pubs en déposant d’autres messages sur la vitre intérieure, pour parler du changement climatique, du consumérisme, des injonctions (beauté, maigreur…), etc. » Iel souligne le caractère répressif et humiliant des policier·es qui ont rompu leur confiance et créé une peur que leurs propos soient déformés. Au point qu’un·e des prévenu·e a donné une identité imaginaire lors de son enregistrement au commissariat.

Deux témoins de moralité ont ensuite été écoutés. En premier, Mehdi Khamassi, chercheur en sciences cognitives et directeur de recherche au CNRS, a partagé son expertise sur les effet négatifs de la publicité et la liberté de réception. Il explique notamment que la publicité amène des « mécanismes d’attraction de notre attention et d’inscription dans notre mémoire. L’ensemble de ces mécanismes conduit à une perte de liberté.». Il distingue l’action des militant·es de la publicité de masse : « la publicité de masse provoque des automatismes néfastes et les messages militants/politiques suscitent la réflexion. » Il affirme aussi qu’« il y a très peu d’espaces d’expression sur ce sujet et un décalage entre la population et les moyens dont disposent les publicitaires. »

Le second témoin David Cormand, député européen, a travaillé sur la question de la régulation de la publicité. Il rappelle le caractère sur-consumériste de la publicité et en quoi elle va à l’encontre de l’intérêt général : « il s’agit d’une exposition sans consentement, intrusive et non-sollicitée, notamment dans l’espace public. […] La publicité est considérée par de nombreuses forces politiques comme un carburant indispensable à la société de consommation. […] La dépendance économique (objectif des entreprises) est incompatible avec l’état de droit qui nécessite de protéger la vie privée, et réguler les consommations pour l’intérêt général. » Quant à savoir s’il était utile que les militant·es fassent ce genre d’action, il répond que « toute démocratie a besoin de militants et militantes pour bousculer les discussions concernant la législation. »

La procureure soutient la qualification de dégradation et reconnait qu’il y a une « échelle de gravité ». Elle demande 3 mois d’emprisonnement avec sursis pour chacun·e et 500 € pour la mention d’identité imaginaire, et avec inscription au casier judiciaire.
L’avocat des activistes a notamment affirmé que « L’infraction ne peut pas prendre le dessus sur la liberté d’expression de militant·es qui sont favorables à l’espace démocratique. La liberté d’expression doit créer le débat […]. Les évocations du régime palestinien se font quelques jours après la reconnaissance de la Palestine par l’État français ! […] Madame le Procureur criminalise le militantisme politique.» Il demande la relaxe. Le délibéré sera rendu le 15 juin 2026 à 14h.


