Ce mercredi 11 février, la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC) a enfin été publiée par le gouvernement, après deux ans et demi de retard et de blocages ministériels. Elle aura été publiée le jour même où la loi Duplomb 2 a été débattue à l’Assemblée Nationale.
La stratégie, issue des demandes de la Convention Citoyenne pour le Climat, était censée aligner les politiques autour de l’alimentation, de la santé publique et de la transition climatique à l’horizon 2030. Fruit d’un travail commun des ministères de l’Agriculture, de la Santé et de l’Écologie, mais visiblement aussi des lobbies de l’agroalimentaire, elle est sans surprise très peu ambitieuse : pas de mention d’aliments ultra-transformés (malgré les nombreux rapports récents, dont trois articles du Lancet en novembre dernier et une classification claire des scientifiques) sauf pour « poursuivre l’expertise sur le sujet des aliments ultra-transformés (AUT) » et « poursuivre les travaux pour arriver à une définition opérationnelle des AUT », à l’horizon 2030 (Action n°75, p. 50). Pas non plus de réduction chiffrée de la viande, pas de mesures strictes pour protéger les adultes comme les enfants du marketing et de la publicité pour la malbouffe (aliments et boissons notées D et E au Nutri-score, aliments ultra-transformés), ni même une obligation de Nutri-score sur les publicités et le marketing.

C’est, comme nous le soupçonnions, un retour en arrière par rapport, notamment, à la première version finalisée de 2023 qui portait une trajectoire chiffrée de réduction de la publicité de malbouffe. La version finale recommande, elle, « la mise en œuvre de la Charte alimentaire de l’Arcom 2025-2029 et le règlement européen sur les services numériques, et promouvoir dans ce cadre les produits durables et de qualité. En cas d’insuffisance des dispositions volontaires, une mesure réglementaire d’encadrement du marketing alimentaire dans les médias sera envisagée. » La dernière version aura donc choisi des formulations vagues.
Après de belles paroles insistant sur la responsabilité de la publicité et du marketing sur les comportements des consommateur·ices, donc sur la santé publique et le climat, en citant l’OMS, Santé Publique France, l’INSERM et l’HCSP (Objectif 8), la stratégie propose donc 3 actions (n°30, 31, 32), toutes à leviers… incitatifs.
Elle va même jusqu’à encourager à nouveau les contrats-climats, engagements volontaires sans exigences minimales issus de la loi Climat et Résilience, dont on avait déjà prouvé l’inefficacité dans notre rapport Stop Pub Automobile. Par ailleurs, nous n’avons plus de nouvelles de ce dispositif depuis près d’un an, alors que R.A.P. est dans le comité de suivi depuis le début.
La Charte alimentaire qui existe depuis 2009 et qui, si elle a été mise à jour depuis, n’empêche nullement la promotion des produits les plus gras, sucrés et salés. En outre, elle ne s’applique pas aux publicités en extérieur, sur les réseaux sociaux, sur Internet, ni au marketing ou parrainage lors d’évènements sportifs. Là où elle s’applique, elle repose également sur des engagements volontaires et reste, de fait, largement inefficace.

Résultat d’un sondage du Réseau Action Climat, 2025
Alors que le gouvernement britannique a récemment interdit la publicité pour la malbouffe à la télévision avant 21h, que la ville d’Amsterdam a tout récemment interdit la publicité de viande en extérieur, la France manque encore une fois cruellement de volonté politique.
À l’étranger, où des interdictions de publicités de malbouffe ont été mises en place (Royaume-Uni, Argentine, Chili), les résultats des études parlent d’eux-mêmes : baisse hebdomadaire de 1000 calories par foyer, baisse de 19% d’achat de confiseries1, et dans tous ces pays, pas de pertes financières notables sur les recettes publicitaires.
Une interdiction sectorielle de publicité est facile et peu chère à mettre en place. Les dépenses publiques liées aux coûts sanitaires, environnementaux et socioéconomiques du système alimentaire de la France, quant à elles, coûtent à la France 150 milliards d’euros chaque année2.
En septembre dernier, nous avions avec une centaine d’associations adressé une lettre ouverte au gouvernement. Nous demandions, entre autres, d’interdire la publicité et le marketing pour les produits trop gras, trop sucrés et trop salés, notamment lorsqu’ils ciblent les enfants, et l’affichage du Nutri-score obligatoire sur tous les emballages et les supports publicitaires.
Le gouvernement prend donc encore une fois parti pour les lobbies et les intérêts privés à court terme. Nos espaces extérieurs resteront envahis de pubs de fast food et autres produits ultra-transformés, trop gras, trop sucrés, ciblant adultes comme enfants − nous le constatons en ce moment à travers notre observatoire de publicité pour Aliments d’Origine Animale. En attendant, si vous souhaitez agir à votre échelle, n’hésitez pas à y participer et nous envoyer les pubs que vous croisez sur vos trajets, réseaux sociaux ou à la télé, et/ou signalez les pubs que vous trouvez problématiques sur le site de l’Observatoire Citoyen de la Publicité.
–
Notes
