Du 20 au 27 mars 2026, une vingtaine de jeunes entre 20 et 30 ans se sont retrouvé·es dans le quartier de Nikolassee à Berlin, à l’auberge de jeunesse « Haus am Wannsee », pour une semaine de séjour Erasmus+ co-organisé par Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) et Vereinigung für Vernetzung und Partizipation (V.V.P.). Le projet ? « À qui appartiennent les rues ? À nous ! Remettre en question la publicité et l’accès à l’espace public. »

En raison de leur situation économique et de celle du marché immobilier à Berlin et à Paris, les jeunes adultes passent beaucoup de temps dans la rue. C’est là qu’iels sont confronté·es à la publicité. D’une part, cela éveille en elleux des espoirs et des aspirations, mais d’autre part, iels perçoivent l’espace public comme étant déterminé par des forces extérieures. En prenant comme point de départ « la publicité et l’espace public », R.A.P. et V.V.P. ont souhaité les inciter à considérer leur environnement comme pouvant être modifié de manière autonome. Ce projet a été l’occasion de leur poser les questions suivantes : « Qu’est-ce que l’espace public ? », « Qui exerce une influence ici et comment ? », « Pourquoi y a-t-il autant de publicité ici ? », « Que montre (ou ne montre pas) la publicité ? », « Comment pouvons-nous nous réapproprier l’espace public qui a été privatisé ? »
Jour 1
Après avoir fait connaissance entre animateurices et participant·es, puis introduit le déroulé du séjour, nous sommes entré·es dans le vif du sujet au travers d’une présentation par l’un des bénévoles de R.A.P., sur la thématique « Comment la publicité nous affecte-t-elle et impacte la société ? » Une immersion interactive afin de comprendre le système publicitaire, son fonctionnement, ses messages et surtout ce qu’il nous coûte, autant individuellement que collectivement (voir le manifeste de R.A.P.).

L’après-midi nous nous sommes rendu·es dans le centre de Berlin au Humboldt Forum, pour visiter l’immense exposition « Berlin Global », qui montre comment la ville et ses habitant·es sont lié·es au monde. Les différentes salles thématiques de l’exposition parlent de révolution, d’espace libre et public, de frontières, de plaisir, de guerre, de mode et d’interdépendance. Des installations participatives et des mises en scène conduisent dans différents univers thématiques qui reflètent la diversité de Berlin.

Jour 2
Après avoir abordé les problématiques générées par la publicité de manière globale, nous nous sommes penché·es sur les discriminations qu’elle reproduit et perpétue au travers de ses messages et des formes qu’elle prend. Au cours d’un atelier en sous-groupes, les participant·es ont pu analyser des images de certaines campagnes pour en dégager les ressorts racistes, sexistes, et la violence sous-jacente qui en découle, afin d’affiner leur regard critique.

Chargée de campagne Stop Pub Climaticide pour R.A.P., Camille Aboudaram est également artiste plasticienne et a animé à ce titre une présentation de ses travaux autour des interventions pubversives dans l’espace public. Forte de plusieurs années d’activisme au sein d’Adfree Cities au Royaume-Uni, elle a exposé diverses idées d’actions possibles afin d’inspirer les participant·es : création d’affiches satiriques, détournement publicitaire, performance, portage de parole, recouvrement de panneaux, sculptures…

Puis nous sommes allé·es à la rencontre de personnes portant l’initiative Berlin Werbefrei, qui nous ont partagé leur démarche et invité·es à y contribuer. Sur le même modèle que celle lancée l’année précédente à Hambourg, pour laquelle le réseau antipub international s’était également montré solidaire, elle vise à récolter un certain nombre de signatures papier en un temps limité. L’objectif étant l’obtention d’un référendum permettant à la population d’exiger une réduction de la taille et du nombre des dispositifs publicitaires dans la ville, ainsi qu’une interdiction des panneaux numériques.

Jour 3
Le lundi 23 mars, nous avons démarré la journée avec un temps de clarification sur le système politique allemand et les deux institutions berlinoises que sont le Parlement de la République fédérale d’Allemagne (Bundestag) et la Chambre des député·es de Berlin (Abgeordnetenhaus), où nous avions rendez-vous avec des élu·es le lendemain. Une occasion d’aborder les différences entre les voies législatives du pays et celles de la France, afin de poser des questions pertinent·es aux politicien·nes.

Nous avons ensuite mis un pied dans la pratique en listant des idées d’actions suggérées par les participant·es, nous projetant dans des manières très variées d’intervenir sur la publicité dans les rues. Chacun·e a également pu concrètement s’initier à l’artivisme en testant le graffiti sur film plastique, la technique du pochoir, ou encore le détournement d’affiches publicitaires par la peinture, le découpage-collage, le dessin, etc.

Jour 4
Nous avons eu l’opportunité d’échanger avec deux élu·es de l’Assemblée parlementaire, Dr. Michael Efler (Linke, Parti Socialiste) et Julian Schwarze (Grüne, Parti Écologiste), autour de la réduction de la place de la publicité en ville. Après leur présentation, les participant·es ont pu leur poser les questions qu’iels avaient préparées la veille, sur leur soutien à l’initiative Berlin Werbefrei, les limites de leur pouvoir d’agir concernant les interdictions de publicité, comment faciliter l’aboutissement des référendums, les perspectives concrètes à venir pour une amélioration du cadre de vie à Berlin, etc.

En début d’après-midi, un guide nous a fait visiter le Parlement, nous donnant davantage de détails sur les rouages législatifs et le rôle des député·es. Ces moments ont permis aux participant·es de confronter leur vision de la politique au réel, tout en comparant les systèmes allemand et français, constatant notamment que malgré leurs divergences, ils font face à des challenges similaires.

Jour 5
Le mercredi, entièrement passé à l’auberge, a permis aux participant·es de se former à la prise de vue photographique et à la rédaction d’un communiqué de presse dans la matinée. Le reste de la journée était focalisé sur le choix final des interventions du lendemain ainsi que leurs préparatifs. Les bénévoles allemand·es se sont également chargé·es de dispenser un brief légal en sous-groupes tournants, pour que toustes soient préparé·es au mieux à toute éventualité.
C’était aussi notre dernière soirée commune à l’auberge, dont nous avons profité avec un grand feu de joie, des jeux, des discussions animées et de la musique ! Passer une semaine complète ensemble tisse des liens qualitatifs et fait naître des amitiés précieuses au-delà des luttes, mais qui les portent.

Jour 6
Enfin, le temps est venu d’une dernière mise au point collective sur les plans d’action. Après un trajet vers le quartier de Neukölln et un déjeuner sur le pouce, le groupe s’est rendu au local de V.V.P., quartier général éphémère des opérations de l’après-midi. Les participant·es se sont dispersé·es en plusieurs équipes pour concrétiser leurs interventions.

Certain·es ont remplacé des affiches publicitaires par les détournements réalisés le lundi et des messages de leur cru. D’autres ont opté pour du recouvrement de panneaux numériques avec des sacs poubelle sur lesquels iels avaient inscrit des slogans et des ours grâce à des pochoirs. Et enfin, les dernier·es ont soutenu les membres de Berlin Werbefrei en proposant une performance théâtrale chantée et dansée sur une place, portant des masques d’ours pour attirer l’attention des passant·es et les inciter à signer !

Consultez le communiqué de presse rédigé par les participant·es pour plus de détails et de photos de ces actions : https://antipub.org/actions-pubversives-referendum-berlin-werbefrei/

Jour 7
Le séjour s’est achevé, post-soirée festive de célébration, sur une matinée de rangement et de nettoyage des espaces de l’auberge de jeunesse. Des échanges ont eu lieu sur les impressions de la semaine, et les participant·es ont pu écrire leurs retours suivant la méthode des 5 doigts : pouce, ce qui était bien ; index, ce qu’on veut montrer ; majeur, ce qui était désagréable ; annulaire, ce qui était précieux ; auriculaire, ce qui était trop court !

Certain·es ont dû partir avant midi, tandis que le reste du groupe a pris le temps d’un dernier déjeuner en terrasse à Nikolassee pour profiter de cette belle ambiance qui avait porté la semaine complète. Les discussions allant bon train sur le bilan du séjour et des perspectives à venir. Car le projet n’est pas terminé ! Le programme Erasmus+ prévoit que les participant·es co-organisent des expositions croisées à Berlin et Paris, pour partager des productions en lien avec leur séjour. Restez connecté·es pour avoir des nouvelles de la suite !

Le projet est financé par l’Union européenne. Le contenu reflète uniquement l’opinion des auteurices. La Commission européenne et Jeunesse pour l’Europe ne sont pas responsables des conséquences de sa réutilisation.

