Avr 09 2010

Oui à la suppression de la publicité après et avant 20h !

JF Copé souhaite qu’on abandonne la suppression progressive de la publicité sur les chaines de télévision publique.

Mesure effective après 20h, elle tarde à se généraliser et la publicité continue de nous agresser avant 20h, sur France Télévision mais aussi sur France Inter.

Nous l’affirmons donc haut et fort : oui, trois fois oui à la suppression de la pub sur les chaines publiques.

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Oui à la suppression de la publicité sur la télévision publique

Les antipublicitaires se réjouissent de la décision du Président de la République de supprimer la publicité sur les chaînes du service public de la télévision. La publicité télévisée est en effet particulièrement pernicieuse ; le téléspectateur ne peut y échapper, sauf à zapper, comme si on obligeait le lecteur de Paris-Match ou du Nouvel Observateur à lire attentivement les pages de publicité précédant l’article qui l’intéresse. De plus les coupures publicitaires dans les emissions de variétés et a fortiori dans les films sont contrariantes et même traumatisantes pour la majorité des téléspectateurs.

L’omniprésence de la publicité télévisée va à l’encontre du respect des citoyens : les Français sont en effet largement publiphobes. Une enquête de l’Institut Taylor Nelson Sofres de novembre 2005 a dénombré 43% d’opposants contre 37% de partisans (cité par Marie Benilde dans son ouvrage « on achète bien les cerveaux », Editions Raisons d’agir).L’institut IPSOS effectue chaque année une enquête pour l’agence Australie sur les Français et la publicité. En novembre 2007, 79% la jugent envahissante, 65% la jugent banale, 58% la jugent agressive ; 30% des sondés se déclarent ouvertement publiphobes et cette proportion progresse régulièrement. La note globalement attribuée à la publicité est 4,4 sur 10, donc inférieure à la moyenne.

Les organisations de consommateurs, UFC-Que choisir et CLCV, ont attiré l’attention sur les effets néfastes de la publicité destinée aux enfants dans le domaine alimentaire. Les spots dans leur immense majorité favorisent des produits trop gras, trop sucrés ou trop salés. Les nourritures saines comme les fruits et les légumes sont évincés au profit de barres chocolatées et autres produits à grignoter ; or, les 4-14 ans passent deux heures vingt par jour devant la télévision, et, dans les supermarchés, ils sont prescripteurs, au détriment de denrées présentant une véritable valeur nutritionnelle ; la publicité télévisée participe directement au progrès de l’obésité qui constitue un véritable problème de santé publique.

Elle sévit dans d’autres domaines ; ainsi elle fait de la jeunesse du corps un devoir impératif en insistant sur les produits antirides. Il s’agit ni plus ni moins d’une escroquerie qui transforme en espèces sonnantes et trébuchantes l’obsession féminine de « réparer des ans l’irréparable outrage ». L’eau en bouteille vantée par les spots télévisés est cent fois plus chère que l’eau du robinet, étroitement surveillée et analysée…

La logique de la télévision commerciale est, selon l’expression bien connue de Patrick Le Lay, de vendre aux annonceurs du « temps de cerveau humain disponible ». Il en résulte des programmes racoleurs, ennemis du moindre effort des téléspectateurs. Malheureusement le service public de la télévision, dont France 2 en tout premier lieu, est doté d’un financement mixte, redevance et publicité, qui amène à une confrontation avec les chaînes purement commerciales et à un abaissement du niveau d’exigence dans l’espoir de faire de l’audience. Or, des télévisions publiques sans publicité sont possibles ; on les remarque en particulier au Royaume Uni, en Suède et en Norvège. En Allemagne la publicité est très réduite sur les chaînes publiques. Ne plus chercher l’audience maximale par des programmes racoleurs sera un bienfait pour le service public français. Ceci n’est pas synonyme d’audience confidentielle. On peut viser la qualité et la popularité. Les très bonnes audiences des dramatiques tirées de l’œuvre de Maupassant sur France 2 en sont la preuve. Selon une formule bien connue l’audience doit être une ambition, non une obsession.

Donc oui, trois fois oui, à la fin de la publicité sur les chaînes publiques. Oui à la première émission dès 20h35 après le journal télévisé et la météo, non à la publicité et à l’autopromotion, avec une attente jusqu’à 20h50 voire 20h55 pour enfin regarder quelque chose d’intéressant….

Mais comment compenser le manque à gagner consécutif à la fin de la publicité ? La commission Copé a suggéré une taxe sur le chiffre d’affaire global des opérateurs de télécommunication et des fournisseurs d’accès à Internet ; il pourrait s’y ajouter une taxe sur les fréquences radioélectriques et une taxe sur les recettes publicitaires des opérateurs privés. En fait, il faudrait compléter voire remplacer tout ceci par une augmentation de la redevance et par des contributions directes des budgets de l’Etat et des Régions.

La redevance est de 116 euros par an, inchangée depuis cinq ans alors qu’elle est de 325 euros en Autriche, 290 euros en Suisse, 210 euros en Suède, 204 euros en Allemagne, 196 euros au Royaume Uni, et 100 euros en Italie, un des rares pays où elle est moins coûteuse qu’en France. Augmenter la redevance est indispensable, au moins jusqu’à 160 euros, moyenne européenne. La laisser à son niveau actuel sans même tenir compte de l’inflation est démagogique. Pour les classes moyennes et a fortiori pour les catégories aisées la redevance actuelle n’est pas coûteuse. Pour une année entière elle est moins chère qu’une soirée au restaurant pour une famille de quatre personnes.
Naturellement il faut prévoir des dégrèvements voire des exonérations pour les ménages fragiles, à faibles ressources, et en particulier pour les téléspectateurs âgés dotés de retraites modiques. Donc, augmentons la redevance mais n’appliquons pas cette augmentation aux économiquement faibles. De plus, il convient de combattre la fraude, d’étendre la redevance aux résidences secondaires (possédées par une famille sur dix, généralement privilégiée), de l’appliquer à tous les dispositifs contemporains permettant l’accès aux programmes télévisés.

En outre, il ne faut pas exclure que la télévision publique soit considérée comme un véritable service public et bénéficie directement à ce titre des recettes fiscales alimentant le budget de l’Etat et des régions, qui s’ajouteraient au produit de la redevance, de même que la collectivité publique finance l’éducation ou les aides au logement.

Un service public de la télévision est possible dégagé de l’obsession de l’audimat. Il faut lui conserver ses contours actuels. Toute restriction et a fortiori toute privatisation serait un échec est un traumatisme. Quant à la télévision commerciale, doit-elle être abandonnée à son triste sort ? Déjà on parle d’une deuxième coupure publicitaire sur les émissions, films ou variétés, occupant l’écran à partir de 20h55. Là aussi une optique de limitation de l’invasion est souhaitable. Le maximum de publicité par heure doit être strict et il faut bannir les publicités pernicieuses ou carrément trompeuses.

Donc, oui à la fin de la publicité sur les chaînes publiques, oui à une augmentation de la redevance épargnant les personnes à faibles ressources, oui à une télévision publique ambitieuse mais non racoleuse ; oui, enfin, au dispositif technique qui permettra de suivre les programmes privés en léger différé, purgés de tout message publicitaire. Non au temps de cerveau disponible, non à la démagogie, non à l’agression, à l’invasion à la pléthore publicitaires, à la télévision comme ailleurs.

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