Pourquoi bloquer la pub ?

La publicité en ligne existe depuis le début de la massification de l’accès à internet. D’abord peu futée et extrêmement envahissante avec la technique des fenêtres surgissantes (pop-up) et les grosses bannières de couleurs vives, parfois animées et souvent mal ciblées, la publicité revêt aujourd’hui des formes plus pernicieuses et toujours aussi intrusive pour les internautes ou plus « intelligente » selon le vocable publicitaire. Aujourd’hui, internet devient l’espace premier que les publicitaires investissent. En Angleterre, pour la première fois, les dépenses publicitaires sur internet (27%) ont été plus importantes que les dépenses pour la télé (26%).

Pourtant jeune, le marché est déjà verrouillé et son atomicité n’est plus qu’un vague souvenir, 5 acteurs se partagent 64% de la publicité en ligne dont 46% pour le mastodonte google, complétement dominant, force ses concurrents à nouer des alliances contre lui.

Les dangers de la publicité en ligne : Surfez couvert !

Tes données personnelles dans mon service web gratuit !

Si la pollution visuelle reste un problème de taille au milieu de cette abondance  informationnelle, chaque utilisateur peut individuellement se prémunir  avec des applications comme Ublock Origin dans le navigateur Firefox, à condition qu’il soit informé de cette possibilité, ce qui n’est souvent pas le cas. Le véritable enjeu se situe dans la protection des données personnelles dont les nouveaux publicitaires sont friands et contre lesquels il est bien difficile de se prémunir.  Pour cibler les internautes, ces nouveaux publicitaires ont deux stratégies: soit proposer des services « gratuits » en échange de nos données personnelles, soit espionner notre machine à notre insu par le biais de cookies publicitaires.

Cette nouvelle génération de publicitaires, née avec Google en 1998, a transformé le web en un énorme réservoir à données personnelles. Par la mise en place de services en ligne dits « gratuits » comme des services de courriels web, des moteurs de recherche, de traitement de texte en ligne et bien sûr les réseaux sociaux, les publicitaires ont construit une sorte d’intranet où les internautes sont sous surveillance constante…

La publicité en ligne, gaspillage d’énergie et de bande passante

En plus d’être une pollution visuelle et un danger pour notre vie privée, la publicité en ligne utilise une part importante de notre bande passante. Sur certains journaux en lignes entièrement financés par la publicité, la charge peut représenter jusqu’à 80% de la page. A une époque qui requiert une sobriété énergétique, une rationalisation de nos usages est nécessaire.

Cette charge inutile sur la bande passante est également un problème pour les connexions plus lentes situées dans des localités moins bien desservies. Pour certains utilisateurs, le réseau est quasiment impraticable en raison des vidéos publicitaires et autres images placées sur les sites.

Les Sites publi-infectés

Dictature de l’audimat

Parmi les 8 sites les plus visités au monde, 7 utilisent les données personnelles de ses utilisateurs à des fins de ciblages publicitaires :

  • 1. Google.fr (publicitaire)
  • 2. Facebook.com (publicitaire)
  • 3. YouTube.com (publicitaire) [appartient à google]
  • 4. Yahoo.fr (publicitaire)
  • 5. Baidu.com (publicitaire)
  • 6. Wikipedia.com (libre et financé par la fondation Wikimedia)
  • 7. Blogger.com (publicitaire) [appartient à google]
  • 8. Windows Live (publicitaire) [appartient à microsoft]

Cette gratuité des services n’en est pas une, bien sûr : en contrepartie nous livrons nos informations personnelles et absorbons un nombre de messages publicitaires difficilement quantifiable, en fonction du temps que nous passons derrière nos machines. Ironiquement, le premier slogan de Google était « Don’t be evil » (« Ne soyez pas malveillants »), et le sixième commandement de sa philosophie affirme qu’il est possible de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable »; et les internautes y ont cru. Nous pouvons aujourd’hui tirer un triste bilan de ces années « d’émerveillement » de la révolution numérique : Google est le premier véhicule de la publicité en ligne et une gigantesque plate-forme de recueil et de réutilisation des données personnelles à des fins publicitaires et commerciales. De nombreux citoyens se réveillent avec la gueule de bois et une furieuse impression de se trouver en terrain conquis. De même, les utilisateurs de Facebook sont avertis régulièrement d’innovations qui modifient les clauses de confidentialité et abusent du sentiment d’appartenance à une communauté ou un groupe social pour exploiter davantage les données personnelles recueillies à la moindre action de l’utilisateur.

Les techniques de traques des données personnelles sont extrêmement avancées et de nombreux internautes ont déjà lié leurs identités numériques aux services en ligne des publicitaires afin de disposer de supports, services et médias, interactifs évolués. L’attention et les dynamiques se sont portées vers ces supports, des habitudes ont été créées sur mesure et les réseaux « sociaux » se sont installés pour les ancrer davantage encore : le piège s’est refermé sur des utilisateurs rendus dépendants à des services fortement addictifs.

Il arrive même que certains publicitaires fassent le choix de coopérer avec les gouvernements. C’est le cas de Facebook qui, selon un document publié par l’Electronic Frontier Fondation, ce serait montré à plusieurs reprises très coopératif avec le gouvernement des États-Unis3. Ou que des géants comme Google ou Yahoo choisissent, comme en 2008 en  Chine, à des fins commerciales, de rendre accessibles des données personnelles à des gouvernements autoritaires qui s’en servent pour emprisonner et nuire gravement aux individus concernés.

Exploiter l’inculture numérique de l’internaute

Les services dits « gratuits » ne sont pas le seul moyen de récupérer les données personnelles de l’internaute. Ainsi, de nombreuses régies publicitaires en ligne mettent en place des dispositifs de pistages des internautes permettant de les identifier et de connaître leur goût afin d’en faire « des cibles ». Tout webmestre peut faire le choix de les mettre en place sur son propre site en toute facilité et liberté, sans avoir à en faire mention à ses visiteurs.

Ces dispositifs invisibles, exploitant la méconnaissance numérique de l’internaute sont ouvertement cautionnés par le gouvernement actuel. En effet, bien que les directives du Paquet Télécom prescrivent aux états membres de transposer dans le droit national l’obligation pour tout site internet d’obtenir l’accord explicite de l’internaute avant de créer ou non un cookie à finalité publicitaire, M. Éric Besson s’est arrangé autrement.

Le jeudi 30 mars 2011, en compagnie des syndicats de la publicité en ligne l’IAB (Interactive Advertising Bureau) et le TASC (The Ad Serving Club), et en l’absence de toute organisation de défense des internautes, M. Éric Besson a convenu que le seul paramétrage du navigateur de l’internaute pourrait être interprété comme « un accord explicite ». Cette transposition, décidée par ordonnance, a été publié au journal officiel le vendredi 26 août 2011.

Dans le communiqué du 19 septembre 2011, la CNIL remet en question cette interprétation de M. Besson par la remarque suivante: « un paramétrage du navigateur, acceptant  tous les cookies sans distinguer leur finalité, ne pourra pas être considéré comme un accord valablement exprimé.«

Les gouvernements ne prennent pas ou ne veulent pas prendre la question au sérieux, préférant s’attaquer aux internautes partageant des œuvres protégées par le droit d’auteur. Pourtant le danger est bien présent et l’opinion est très tranchée sur cette question : 83% des français estiment que la publicité sur Internet dérange la navigation selon un sondage de l’institut Ifop en juin 2011. Un autre sondage de mai 2010 de TNS Sofres révélait que 61% des français étaient inquiets de l’utilisation que pouvaient faire des entreprises commerciales de leurs données personnelles.

Alternatives : Comment faire vivre le web sans la pub ?

Telle est la question que de nombreux acteurs économiques se posent au quotidien. Wikipedia, l’un des sites les plus consulté au monde, mais aussi certains journaux en ligne comme Mediapart, @rrêt sur images ou dijonscope qui vivent exclusivement des abonnements de leurs lecteurs par souci d’indépendance et de qualité de l’information.

Le mécénat est également un modèle viable dans certains cas. Par exemple, Paul Jorion, intellectuel, tient un blog qu’il fait vivre grâce aux dons de ses visiteurs.

La bonne volonté ne suffit pas, les réformes politiques indispensable à la défense de l’intérêt commun sont indispensables.

Ce que nous demandons

 Liberté de réception et arrêt du fichage.

  • Une intégration par défaut d’un dispositif équivalent à l’extension Firefox Ublock Origin dans l’ensemble des navigateurs web, dans le but de respecter la liberté de réception des utilisateurs.
  • Le blocage par défaut des cookies à finalité publicitaire.

Faute de mieux, nous encourageons tous les internautes, soucieux de se protéger de la pollution visuelle et de la protection de leurs données personnelles à suivre le guide. Simple et didactique, il est accessible à toutes et tous.