Mar 09 2010

Réponses des candidats aux régionales en Ile de France

Pour donner suite à notre lettre du 11 décembre 2009, 4 candidats aux régionales en Ile-de-France ont répondu. Nous publions ci-dessous notre analyse et leurs réponses in extenso.


RAP a analysé les réponses reçues au questionnaire qu’elle a envoyé
aux candidats pour les régionales en Ile de France.

De la publicité en général

D’un point de vue général, Cécile Duflot et Eric Coquerel dénoncent
clairement la publicité, que ce soit parce que « l’idéologie
publicitaire nous éloigne du modèle écologiste, en renforçant la
société de surconsommation » ou parce qu’elle participe « à une forme de
privatisation de l’espace public ».

Pas de publicité sur les lycées

Tous les candidats, quelque soit le bord politique, rejettent la
publicité sur les murs des lycées et proposent de l’interdire.
A noter que JP Huchon omet de signaler que des lycées en Ile de France
n’appliquent pas cette interdiction qui n’est pour l’instant que de
principe.

Action_Vincennes.jpg
Photo : Cyril Cavalié
Action des déboulonneurs du 25/10/2008 sur des panneaux publicitaires installés dans l’enceinte du lycée Maurice Ravel à Paris 20e

Toujours concernant les lycées, JP. Huchon s’engage pour préserver le
milieu scolaire de tout démarchage publicitaire, de toute diffusion de
données personnelles des élèves susceptibles d’être utilisées dans un
fichier client, et de toute publicité sur les distributeurs
automatiques. Nous ne pouvons que signaler une contradiction majeure,
lorsqu’il déclare voir se poursuivre « la relation éducative entre
l’école et l’entreprise ». L’intrusion de l’entreprise à l’école, réglementée par Jack Lang, est ce qui permet à la publicité d’entrer dans le milieu scolaire.
Un cas de relation contre-nature entre entreprise privée et collèges a d’ailleurs été récemment dénoncée pour la Seine St Denis.

Publicité dans le métro

Concernant la publicité dans les transports en commun, nous notons que
JP Huchon ne répond pas, tout comme il n’a jamais pris position publiquement sur les écrans espions du métro…
V. Pecresse considère la publicité comme une source de
financement indispensable.

C. Duflot et E. Coquerel dénoncent tout deux la place qu’elle prend.

E. Coquerel propose carrément de remplacer toute publicité commerciale
par « des affiches annonçant les manifestations culturelles, spectacles
et musées, ou, même, de réserver une partie des murs à des formes
d’expressions artistiques sans enjeu de consommation culturelle à la
clé. ». NB : cette proposition n’est pas reliée à une compétence du
conseil régional.

C. Duflot propose de réduire de 50% le nombre d’affiches publicitaires
et l’interdiction des dispositifs consommant de l’énergie, en
engageant des négociations avec la RATP. Elle propose également
d’inclure la pression publicitaire dans le contrat liant le STIF à la
RATP et à la SNCF.

A propos des publicités sexistes, violentes…

Valérie Pecresse propose de passer par l’ARPP pour fixer des limites
en terme de taille, de technologie et de contenu. C’est évidemment
fort mal connaître les missions de l’ARPP qui n’est « compétente » que
sur les contenus des messages. Cette méconnaissance est assez
inquiétante quand on sait que Mme Pecresse et Mme Jouanno sont toutes
deux membres du gouvernement.
Elle propose néanmoins de fixer une charte, mesure également proposée
et détaillée par C. Duflot. E. Coquerel ne reconnait au pouvoir
régional qu’un rôle de pression à travers sa compétence sur le STIF.

Et les écrans de télé publicitaires ?

Enfin, Eric Coquerel et Cécile Duflot s’engagent tous deux clairement
contre l’installation des écrans de télévision géants.
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Réponse de Jean-Paul Huchon – Parti socialiste

Paris, le 10 février 2010

Madame la présidente,

Je vous remercie de m’avoir adressé votre questionnaire auquel je suis désolé de répondre si tardivement.

Je partage votre position. Si la relation éducative entre l’école et l’entreprise doit être poursuivie, elle ne peut cependant se faire que dans l’intérêt de l’école et des élèves.

Il est donc important d’interdire toute publicité, tout démarchage publicitaire en milieu scolaire, toute diffusion de données personnelles des élèves susceptibles d’être utilisées dans un fichier client, toute publicité sur les distributeurs automatiques.

Vous pouvez également compter sur ma détermination à maintenir ma décision de refuser l’installation de panneaux publicitaires dans les lycées.

La protection des enfants est une cause trop importante pour servir des intérêts mercantiles.

Je vous prie, Madame la Présidente, de croire l’assurance de mes sentiments les meilleurs,

Jean-Paul HUCHON

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Réponse de Cécile Duflot – Europe Ecologie

Paris, le mercredi 24 février 2010

Madame la Présidente,

Vous trouverez ci-joint les réponses d’Europe Écologie Ile-de-France à votre questionnaire sur les élections régionales.

Europe Écologie réaffirme ici l’engagement clair des écologistes contre l’agression publicitaire, sous ses multiples formes. L’idéologie publicitaire nous éloigne du modèle écologiste, en renforçant la société de surconsommation.

Vous remerciant pour l’attention que vous aurez portée à nos réponses, je vous prie, Madame, d’agréer mes salutations distinguées.

Cécile Duflot,
Europe Écologie Ile-de-France

1- Quelle est votre position vis-à-vis de la place de la publicité dans les transports en commun en Ile de France : métro, bus, gares… ?

La publicité est effectivement bien trop présente dans les transports en commun d’Ile-de-France, au point qu’aucune grand ville de France ou dans le monde ne semble atteindre le nombre d’affiches publicitaires dans ses couloirs de métro. Les gares franciliennes ne sont pas épargnées non plus, imposant aux francilien-ne-s des sollicitations permanentes pour consommer plus et n’importe quoi, des images dégradées des femmes…

Les transports en commun constituent une priorité pour les écologistes : c’est pourquoi ils ne devraient pas dépendre des revenus de la publicité. Pour une pollution visuelle maximale, la publicité ne représente d’ailleurs que 2% du chiffre d’affaires de la RATP.

2- Quelles sont vos propositions pour lutter contre les impacts négatifs de la publicité dans les transports en commun (consommation énergétique, messages sexistes, violents ou faisant la promotion de produits polluants…) ?

Nous proposons :
– d’inclure dans les contrats liant le STIF, la RATP et la SNCF, un malus lié à la pression publicitaire, faisant des affiches de pub, non pas un facteur d’animation, mais bien une pollution qu’il faut réduire, taxer et maîtriser.
– d’engager avec la RATP une négociation visant à réduire d’au moins 50% le nombre de surfaces publicitaires dans le métro et de bannir tous les dispositifs consommant de l’énergie (éclairement, défilement, écrans…)
-d’adopter une charte de la publicité dans les transports en Ile-de-France, imposant à la RATP et à la SNCF un contrôle préalable des affiches de publicité et le refus des affiches faisant la promotion de produits polluants, ou utilisant des messages violents ou sexistes.

3- Etes-vous favorable à l’installation d’écrans à cristaux liquides, hauts de 2 mètres, et diffusant en continu de la publicité animée dans le métro et les gares franciliennes ?

Les élu-e-s verts au Conseil régional les ont combattus, en particulier parce qu’ils étaient équipés de dispositifs de comptage intrusif. Nous restons opposés à ces panneaux qu’ils soient équipés de vidéosurveillance ou non, car ils consomment inutilement de l’énergie et constitue une pollution visuelle supplémentaire.

4- Approuvez-vous l’installation de panneaux d’affichage publicitaire sur les murs des lycées de votre région ? Que comptez-vous faire pour rendre l’interdiction effective ? De manière générale, que pensez-vous du financement de services publics par la publicité (transports, écoles…)

Nous désapprouvons l’intrusion de la publicité dans les lycées, qui doivent rester des lieux de neutralité commerciale. Nous nous engageons à ce qu’aucun contrat avec des afficheurs ne soit passé dans les lycées de la région et à ce que tous les contrats actuels soient dénoncés. Les budgets des lycées ne doivent pas dépendre des financements privés pour offrir un service public de qualité. Il est du devoir des Conseillers régionaux d’y veiller.

Nous sommes également opposés au recours au financement privé pour les services publics. La liaison du contrat des vélos en libre-service avec un afficheur publicitaire constitue à nos yeux une double erreur, qui coûte au final cher à la collectivité et qui entraîne l’opacité et la position dominante d’une entreprise.

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Réponse de Eric Coquerel – Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologiques et citoyennes

Eric Coquerel
Secrétaire national du Parti de Gauche
Tête de liste à Paris de la liste « Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologiques et citoyennes » en Ile-de-France, présentée par le Front de Gauche, plusieurs organisations et personnalités du mouvement social.


1- Quelle est votre position vis-à-vis de la place de la publicité
dans les transports en commun en Ile de France : métro, bus, gares… ?

Nous considérons que la publicité dans les transports en commun en Ile-de-France (métro, bus, gares) sont une forme d’agression subie à l’égard des usagers qui ne peuvent l’éviter. Et ce n’est ni plus ni moins une forme de privatisation de l’espace public.

D’une manière générale, nous considérons que le matraquage publicitaire contribue à formater un imaginaire de surconsommations inutiles où le modèle de réussite sociale donnée à voir aux classes populaires est calqué sur les modes de vie somptuaires des classes aisées, alors que ceux-ci sont parmi les principales causes de la trop forte empreinte écologique des pays occidentaux sur les ressources de la planète où les équilibres écologiques sont mis en péril. C’est pourquoi il doit être possible d’interdire la publicité dans certains lieux et, ailleurs, de la limiter en augmentant les taxes perçues.

S’agissant des murs du métro, pourquoi ne pas se limiter – comme il y en a quelques unes – aux affiches annonçant les manifestations culturelles, spectacles et musées, ou, même, réserver une partie des murs à des formes d’expressions artistiques sans enjeu de consommation culturelle à la clé ?

Quant aux diverses publicités vantant les mérites économiques ou touristiques de telle ou telle région, tel ou tel département, que l’on voit régulièrement s’étaler sur les murs du métro, elles ont peu à voir avec une logique d’information ou d’éducation populaire sur la richesse culturelle des territoires de notre pays, mais reflètent la situation promue actuellement de mise en compétition des territoires les uns avec les autres, dans une course au « toujours plus » contre laquelle nous nous prononçons ; « compétition » dans laquelle la région Ile-de-France écrase de toute façon toutes les autres régions de France, vu que s’y concentre un tiers du PIB national mais aussi une bonne part de notre empreinte écologique.

2 – Quelles sont vos propositions pour lutter contre les impacts
négatifs de la publicité dans les transports en commun (consommation
énergétique, messages sexistes, violents ou faisant la promotion de
produits polluants…) ?

Au-delà de la logique marchande et de surconsommation que les publicités véhiculent en tant que telles, certaines ont en effet des impacts négatifs de par le contenu propre de leur message : messages sexistes ou violents, encouragement à la consommation énergétique ou promotion de produits polluants…. Bref, autant de messages idéologiques ou sociétaux qui peuvent aller à l’encontre même de campagnes d’information et de sensibilisation citoyennes que finance la Région (et dont nous demandons par ailleurs le renforcement).

Ces campagnes publicitaires se déployant sur l’ensemble du territoire national et non uniquement sur l’Ile-de-France, l’enjeu se porte certainement avant tout au niveau national sur les instances de régulation des publicités commerciales. L’enjeu est à la fois juridique, idéologique et culturel. Si les propos publics à caractère sexiste sont désormais punis par la loi et qu’il y a une certaine sensibilisation suite à des mobilisations d’associations féministes et anti-pub contre le caractère sexiste ou violent de slogans ou du supports publicitaires marchandant l’image du corps des femmes, beaucoup arrivent encore sur les murs des métros ou les affiches dans les rues, de façon pour ainsi dire « banalisée ».

Quant au problème des messages publicitaires vantant des consommations énergétiques ou faisant la promotion de produits polluants, en contradiction avec les engagement internationaux de la France sur les questions climatiques, les objectifs nationaux du Grenelle de l’environnement ou avec toute déclinaison régionale en termes de planification écologique territoriale, ce n’est même pas sûr qu’il y ait ce même niveau de prise de conscience de l’incongruité. Le « capitalisme vert » et son corollaire marketing, le « greenwashing », veulent réserver la prise de conscience actuelle sur les enjeux écologiques, à des questions parcellaires et non toucher à l’ensemble des fondements de notre système économique où la publicité et la part énorme des dépenses qui lui sont consacrées jouent un rôle central. Le pouvoir régional peut avoir un rôle de pression à travers sa compétence sur le STIF mais le meilleur levier est certainement au niveau national.

3 – Etes-vous favorable à l’installation d’écrans à cristaux liquides,
hauts de 2 mètres, et diffusant en continu de la publicité animée dans
le métro et les gares franciliennes ?

Nous ne sommes bien sûr pas favorables à l’installation d’écrans à cristaux liquides diffusant de la publicité animée. Il n’y a qu’à voir comment des écrans de TV allumés sans arrêt dans les bars captent immédiatement l’attention des personnes, pour comprendre que c’est un dispositif particulièrement intrusif de lavage de cerveau et de désocialisation supplémentaire dans les espaces publics que sont les métros et les gares franciliennes.


4 – Approuvez-vous l’installation de panneaux d’affichage publicitaire
sur les murs des lycées de votre région ? Que comptez-vous faire pour
rendre l’interdiction effective ? De manière générale, que pensez-vous
du financement de services publics par la publicité (transports,
écoles…)

La construction, le fonctionnement et l’entretien des lycées étant une compétence des régions, il n’y a pas de raison que la Région ne fasse pas obstacle à l’installation de panneaux d’affichage publicitaire sur les murs des lycées qui doivent être interdits. Nous nous battons au niveau national pour que les intérêts privés et marchands ne contrôlent pas le contenu des programmes scolaires, ce n’est pas pour laisser, au niveau régional, les mêmes (ou d’autres) intérêts privés et marchands envahir les espaces publics dédiés à l’éducation que sont notamment les lycées.

Les pouvoirs publics mais aussi les entreprises qui profitent directement pour les trajets de leurs salariés, du réseau de transports en commun d’Ile-de-France géré par le STIF doivent augmenter leur contribution à l’amélioration et l’entretien du réseau, sans que cela ne passe par la publicité. En effet, il est faux de penser que le financement des services publics par la publicité ou toute forme de partenariat public-privé – au nom d’une mythique « autonomie » financière – seraient neutres tant sur le contenu des services rendus que sur les conditions de travail des salariés ou fonctionnaires des services concernés : c’est souvent le premier pas vers des logiques de marchandisation et de privatisation rampante.

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Réponse de Valérie Pécresse – UMP

Reçue par courriel le 7 mars 2010 :

L’affichage publicitaire constitue aujourd’hui une recette significative pour les opérateurs des transports publics d’Ile-de-France. Ma priorité étant l’amélioration de la qualité de service dans les métros, RER et bus, je ne peux négliger cette source de financement supplémentaire qui permet d’investir dans notre réseau de transports.

Pour autant, la publicité ne doit pas devenir une source de gène pour l’usager: je veillerai donc, en accord avec les opérateurs, à ce que des limites claires soient fixées en la matière. En lien avec l’ARPP, je suis ainsi favorable à ce que la régie publicitaire des transports franciliens se dote d’une charte définissant avec précision ces limites, tant en en terme de taille et de technologie que de contenu.

S’agissant des lycées, je suis hostile par principe à l’installation de panneaux publicitaires sur leurs enceintes. Cela permettrait en effet de développer des campagnes ciblant directement les adolescents. Je n’y suis pas favorable.

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