[Paris] Municipales 2020 : que disent les candidat.e.s au sujet de la publicité dans leurs programmes ?

Deux semaines après avoir envoyé notre questionnaire1 aux candidat.e.s aux élections municipales de Paris, et dans l’attente de leurs réponses, nous avons scruté leurs programmes pour voir ce qu’elles et ils proposent d’ores et déjà au sujet de la publicité, au regard de leurs bilans respectifs.

Les candidat.e.s qui s’engagent

David Belliard (liste « L’Écologie pour Paris ») (EELV)

Le parti Europe Écologie – Les Verts a, de longue date, affirmé son opposition à l’envahissement publicitaire. Le groupe écologiste a, de surcroît, défendu des positions proches des nôtres au Conseil de Paris tout au long du dernier mandat. C’est donc sans surprise que l’on retrouve un volet sur ce thème dans le programme de David Belliard : « Pour un Paris libéré de la publicité », dans la partie « Espace public« .

Nous saluons les propositions de ne pas renouveler les contrats de mobiliers urbains publicitaires, à l’instar de Grenoble, de maintenir l’interdiction des écrans numériques et d’agir pour l’étendre au métro, qui dépend surtout de la Région, de faire mieux respecter le Règlement local de publicité (RLP) notamment contre l’affichage sauvage, ou de faire cesser les partenariats entre la Ville et des entreprises polluantes.

Nous regrettons cependant que l’enjeu de la révision du RLP en cours ne soit pas abordé explicitement et constatons qu’aucun recours n’est envisagé pour s’opposer aux Jeux Olympiques 2024 qui, en plus d’être fortement émetteurs de CO2, sont une occasion de transformer Paris en écrin pour la propagande des marques, comme on a pu le voir lors de l’Euro 2016. Quant à la suppression annoncée du régime dérogatoire pour la publicité lors des JO, elle nous paraît difficile à mettre en œuvre en tant que Maire, puisque ces dérogations ont fait l’objet d’une loi déjà adoptée.

Danielle Simonnet (liste « Décidons Paris ! ») (LFI)

À l’heure où nous publions cet article, le programme de la liste Décidons Paris ! n’est pas encore définitif. Il s’agit pour l’instant de propositions issues de groupes de travail. Nous constatons cependant déjà que la question de la publicité est abordée dans la catégorie « Espace public » : interdiction de la publicité numérique, extinction des enseignes à la fermeture des magasins, interdiction des bâches sur les monuments dont la Ville a la charge, révision du RLP dans un sens plus restrictif… Autant de propositions qui semblent aller dans le bon sens.

Comme David Belliard et le groupe écologiste, Danielle Simonnet est l’une des conseillères de Paris qui a bataillé, durant cette mandature, en proposant de nombreux vœux pour diminuer la pression publicitaire et en s’opposant aux délibérations qui visaient à l’augmenter. Il paraît donc assez naturel que de telles propositions soient avancées. D’autant que son parti, la France Insoumise, a dans son programme un volet consacré à « Lutter contre l’agression publicitaire et la marchandisation« .

Cédric Villani (liste « Le Nouveau Paris ») (ex-LREM)

Comme cette personnalité est assez nouvelle dans le paysage politique, nous ne savons pas à quel point Cédric Villani a saisi les enjeux que pouvaient représenter la publicité. Nous notons néanmoins que dans son programme, il s’engage à maintenir l’interdiction des écrans numériques et à ne pas renouveler le contrat de mobiliers urbains d’information en 2025, engagements que nous saluons pour leur clarté, mais qui pourraient être enrichis de propositions sur la révision du RLP en cours.

Les candidat.e.s qui n’abordent pas le sujet

Anne Hidalgo (liste « Paris en commun ») (PS, PCF)

S’il est une candidate qui n’aborde jamais la question publicitaire, c’est bien Anne Hidalgo. En effet, depuis six ans, nous ne l’avons jamais vu présente au Conseil de Paris lorsque ces questions étaient posées, laissant ses adjoints Jean-Louis Missika (urbanisme) ou Emmanuel Grégoire (budget puis 1er adjoint) prendre position. La seule intervention de sa part que nous avons pu relever est ce constat pourtant clair, extrait d’un entretien de décembre 2018 au Journal du Dimanche : « Quand on vous martèle dans les publicités que votre vie ne sera réussie que si vous avez un gros 4×4, cela rend les changements de comportement difficiles, surtout quand on a créé des dépendances. » Si nous souscrivons parfaitement à cette analyse, nous ne pouvons nous empêcher de souligner son incohérence avec la politique qui a été menée ces six dernières années par l’exécutif : 

  • renouvellement de tous les contrats publicitaires avec la ville ;
  • tentative de faire installer des écrans numériques alors qu’ils sont interdits par le RLP ;
  • processus de révision du RLP en vue d’autoriser les écrans numériques ;
  • imposition des JO 2024, fête des sponsors plutôt que du sport, sans concertation, alors que la candidate se prononçait contre en 2014.

Autant de décisions grâce auxquelles la publicité continue à diffuser aux Parisien.ne.s ce style de vie qui « rend les changements de comportements difficiles ».

Sur le site de campagne d’Anne Hidalgo, la thématique de la publicité n’est abordée qu’une seule fois : pour soutenir l’utilisation des bâches publicitaires sur les monuments historiques, notamment ceux dont la Mairie a la charge. Nous rappelons que le RLP de Paris interdit les bâches publicitaires de plus de 16 m2, que le ou la Maire de la Ville est garante du respect de ce règlement, et que voir ainsi l’autorité compétente en matière de police de l’affichage bafouer son propre règlement en utilisant une dérogation envoie un message déplorable aux citoyen.ne.s, et contribue à transformer les monuments historiques en terrain de jeu des annonceurs.

En définitive, c’est peut-être la directrice générale du marketing de JCDecaux qui parle le mieux du programme d’Anne Hidalgo en la matière. En tout cas, elle semble bien informée.

(Source : vidéo en fin de cet article)

Rachida Dati (Les Républicains)

La candidate des Républicains n’aborde pas la question de la publicité sur son site de campagne. Une dérobade peu étonnante pour une candidate issue du parti qui a organisé le Grenelle de l’Environnement lorsqu’il était au pouvoir : pour rappel, ce Grenelle avait révisé le code de l’environnement main dans la main avec le lobby publicitaire.

Le groupe Les Républicains n’a pas brillé au Conseil de Paris, durant la dernière mandature, pour limiter la pression publicitaire. Si ce n’est pour des questions d’affichage sauvage relativement consensuelles, le groupe a validé quasiment toutes les délibérations publiphiles de l’exécutif sortant.

À noter néanmoins que lors d’une réunion publique du 7 février 2020, le porte-parole de Rachida Dati, répondant à une question du public, a affirmé que la candidate se prononçait contre l’autorisation des écrans numériques. Nous attendons donc que cette promesse soit transformée en un véritable engagement, et précisée dans le programme officiel de la candidate.

Benjamin Griveaux (liste « Paris Ensemble ») (LREM)

À l’heure où nous publions cet article, il n’y a tout simplement aucune mention de la publicité dans les premières propositions du candidat de La République En Marche.

Gaspard Gantzer

La thématique publicitaire est mentionnée une fois dans le programme de Gaspard Gantzer : au volet de la lutte contre les déchets, il propose d’interdire les publicités non adressées (prospectus) dans les boîtes aux lettres. Si cette proposition pourrait être tout à fait pertinente, elle n’est pas du ressort d’un maire : cette promesse est donc à préciser, car elle paraît difficilement tenable !

En revanche, rien n’est dit sur les questions qui sont de la compétence de la mairie : affichage numérique, révision du RLP, bâches sur les monuments dont la mairie a la charge…


Notes

1 Dans le cadre de la campagne nationale de R.A.P., ce questionnaire a été envoyé le 24/01/2019 à Anne Hidalgo, David Belliard, Danielle Simonnet, Cédric Villani, Benjamin Griveaux, Rachida Dati et Marcel Campion. Pour l’instant, aucun.e de ces candidat.e.s n’y a répondu. Seul Gaspard Gantzer n’a pas pu être contacté directement faute d’avoir trouvé une adresse.