À l’approche des élections municipales les 15 et 22 mars 2026, le groupe local de RAP-Paris a envoyé un questionnaire aux principal·eaux candidat·es à la mairie de Paris, et analysé les programmes ainsi que les positions au Conseil de Paris des unes et des autres.
Comme à chaque élection, nous n’avons pas contacté les candidat·es ouvertement d’extrême droite, pour ne pas leur faire de publicité. Par ailleurs, nous avons appris trop tard les candidatures de certain·es, ni trouvé leurs contacts pour leur envoyer le questionnaire, à savoir, Marielle Saulnier pour Lutte Ouvrière, Blandine Chauvel pour le NPA-Révolutionnaires et Mahel Pierrot-Guimbaud pour le Parti des travailleurs. Ces trois formations n’ayant pas de conseillè·res actuellement à l’Hôtel de Ville, ni de programme, nous ne pouvons pas en faire d’analyse. S’iels nous lisent et veulent nous envoyer leurs positions, nous mettrons à jour cet article1.
À l’heure où nous publions, nous avons reçu la réponse de l’équipe de Sophia Chikirou, d’Emmanuel Grégoire et de Pierre-Yves Bournazel. Rachida Dati n’a pas répondu.
De manière générale, nous regrettons que le sujet de la publicité soit absent de la campagne électorale, alors que les enjeux lors du prochain mandat sont importants, à commencer par le renouvellement de tous les contrats qui lient la Ville aux sociétés d’affichage : les mobiliers urbains d’information (« sucettes ») en 2027, les abris destinés au public en 2029, les kiosques commerciaux en 2031, les mâts et colonnes porte-affiches en 2027, ainsi que les contrats portant sur les palissades de chantier en 2026 et 2028.
Autre sujet d’ampleur : la révision du règlement local de publicité (RLP) de Paris. Depuis la tentative de révision en 2017, abandonnée devant le refus massif de la publicité sur écran par la population, le sujet revient de la part de tous les groupes lors des débats au Conseil de Paris. Or selon la future majorité qui sera élue, les propositions pour le nouveau RLP seront très différentes.
Voici les positions des listes candidates présentées de gauche à droite.
Sophia Chikirou (La France insoumise – Parti de gauche – Parti ouvrier indépendant)
La liste menée par Sophia Chikirou est la seule à aborder clairement le sujet de la publicité dans son programme. Dans le chapitre 24, « Libérer l’espace public », le premier volet s’intitule « Réduire la publicité commerciale dans les espaces publics » et s’engage à ne pas renouveler les contrats de mobiliers urbains publicitaires arrivant à terme. Dans sa réponse, son équipe développe : « Nous reprendrons progressivement la gestion des mobiliers urbains (abribus, colonnes Morris, mâts porte-affiches, « sucettes ») en régie publique et nous supprimerons en priorité les « sucettes » dont la fonction principale est publicitaire et non informative. Nous transformerons progressivement les supports existants en affichage culturel, associatif, citoyen et d’expression libre, en garantissant un accès équitable à toutes les associations et collectifs d’habitants. »
Concernant les abris de bus, l’équipe nous répond être « pour une gestion directe par la Ville à l’issue du contrat en 2029 afin de retirer l’affichage publicitaire du quotidien et de faire des abribus un mobilier urbain public de proximité, sans publicité commerciale. Cela s’inscrit dans notre objectif de reprise en régie de l’ensemble des mobiliers urbains, de refus du financement des services publics par la publicité et de réduction drastique de la pression publicitaire dans la Ville de Paris. »
Sur la révision du règlement local de publicité, l’équipe s’engage à le faire « dès le début du mandat […] pour encadrer strictement les écrans publicitaires (taille, densité, horaires) et restreindre drastiquement les publicités numériques et lumineuses, avec interdiction dans les zones résidentielles et aux abords des écoles, suppression sur le mobilier urbain municipal, et extinction obligatoire la nuit (22 h – 7 h), ainsi qu’un encadrement strict des dispositifs en vitrine orientés vers l’espace public. Nous renforcerons en parallèle les moyens de contrôle et nous systématiserons les relevés d’infractions. » Cette position rejoint dans l’ensemble nos revendications, mais rappelons tout de même que le RLP de Paris interdit déjà la publicité numérique sur tout son territoire ; c’est le seul RLP de France a l’avoir fait, depuis que la métropole de Lyon s’est faite retoquer le sien.
À propos des bâches publicitaires, l’équipe nous répond : « Nous réécrirons le Règlement local de publicité pour réduire drastiquement la taille maximale des bâches publicitaires et encadrer strictement leur implantation (surface, durée, localisation), hors bâches recouvrant les monuments historiques qui relèvent du ministère de la Culture. Notre objectif à terme est d’en finir avec les formats géants imposés aux passants et de privilégier des dispositifs non commerciaux (information de chantier, affichage culturel ou associatif). »
Emmanuel Grégoire (Parti socialiste – Parti communiste français – Les Écologistes – Place publique – L’Après – Gauche républicaine et socialiste)
L’équipe d’Emmanuel Grégoire n’a pas répondu précisément à notre questionnaire, mais nous a fait cette réponse : « La liste d’union de la gauche et des écologistes autour d’Emmanuel Grégoire porte, dans son projet, un objectif clair de réduction significative de la publicité commerciale dans l’espace public, au profit d’un cadre de vie plus apaisé et d’une communication d’intérêt général plus lisible. »
Si l’équipe d’Emmanuel Grégoire a précisé que le programme n’entrait pas dans un niveau de détail correspondant à notre questionnaire, elle a toutefois cité un paragraphe du programme :
« Nous réduirons la place de la publicité commerciale dans l’espace public parisien, en privilégiant la sobriété, la qualité du paysage urbain et l’information d’intérêt général. Nous réviserons le Règlement local de publicité (RLP) afin de renforcer l’encadrement de la publicité, notamment des dispositifs les plus intrusifs et énergivores, en lien avec les acteurs concernés et conformément au cadre légal. »
Malgré cette réponse générale, nous savons que les membres du groupe écologiste de Paris, du PCF et de l’Après ont souvent repris nos argumentaires et revendications lors des deux derniers mandats au Conseil de Paris et sont sensibles et volontaires sur la réduction de la place de la publicité.
Pour le Parti socialiste, le volontarisme en la matière est en revanche plus flou. Les positions du PS parisien semblent tout de même avoir évolué entre le premier mandat d’Anne Hidalgo, où l’exécutif voulait modifier le RLP pour autoriser les écrans numériques, et son second mandat où Mme Hidalgo affirmait vouloir « sortir de la publicité commerciale » et où Emmanuel Grégoire, l’actuel candidat, trouvait finalement que « les panneaux publicitaires vidéos sont une hérésie climatique ». Nous saluons ce changement de ligne, mais l’annonce de sortie de la publicité ne s’est pas concrétisée et n’est restée qu’une annonce.
Il était pourtant possible durant ce mandat de ne pas renouveler le contrat des mobiliers urbains d’information pour commencer à mettre en œuvre la sortie progressive. Certes, le contrat renouvelé prévoit une réduction des publicités commerciales, passant de 50 % à 25 %, puis à 10 %, mais les panneaux continuent d’encombrer le trottoirs, ce qui permettrait à un futur exécutif de revenir sur cette réduction sans coût politique.
Nous notons cependant que l’équipe d’Emmanuel Grégoire affiche vouloir modifier le RLP pour encadrer les dispositifs lumineux derrière les vitrines, comme la loi le permet depuis 2021. Nous saluons aussi l’action menée ces dernières années par la majorité sortante contre l’affichage sauvage, ce qui a permis, si ce n’est d’éradiquer complètement la pratique, au moins de la diminuer drastiquement. Il existe cependant un consensus au sein des différents groupes du Conseil de Paris sur ce dernier sujet, puisque l’affichage sauvage ne rapporte rien à la Ville et l’oblige à mobiliser ses agent·es pour l’enlever.
Pierre-Yves Bournazel (Horizons – Renaissance – Les Centristes – Le Nouveau Centre – Cap21 – Mouvement écologiste indépendant – Parti radical)
Le programme du candidat soutenu par le parti présidentiel ne contient aucune mesure concernant la publicité. Cependant Pierre-Yves Bournazel a répondu à notre questionnaire.
Concernant les mobiliers urbains d’information, il se dit « plutôt favorable à une réduction significative de ces dispositifs publicitaires dans l’espace public parisien, dans une logique responsable et maîtrisée. » Il entend réaliser « une étude d’impact approfondie afin d’avoir une vision claire sur les différents scénarios envisagés pour l’avenir de ces panneaux et notamment les conséquences en matière d’occupation des trottoirs et d’accessibilité ainsi que les conséquences financières pour la Ville. » Il précise que l’étude d’impact « permettra de prendre une décision qui devra concilier trois exigences :
• L’amélioration du cadre de vie, accessibilité de l’espace public et impact environnemental.
• La soutenabilité budgétaire pour la Ville de Paris.
• La cohérence avec l’objectif de réduction progressive de la publicité dans l’espace public. »
À propos des abris de bus, il n’est « pas favorable à une gestion entièrement directe par la Ville si cela revient à supprimer intégralement la ressource associée au mobilier urbain, qui finance en partie l’installation et l’entretien des abris.
En revanche, je suis favorable à augmenter significativement la part d’information publique, associative et culturelle sur ces supports. »
Sur ces deux sujets, sa position semble avoir changé, puisqu’en 2019, il disait vouloir « mettre fin à la publicité dans Paris », affirmant que s’il était maire, « les trottoirs ser[aient] libérés des 1.630 panneaux Clear Channel. » Il avait chiffré le manque de recettes à 86 millions d’euros à compter de 2032 et estimait ce manque « tout à fait supportable pour un budget de près de 10 milliards d’euros. »
Sur les écrans derrière les vitrines, Pierre-Yves Bournazel se dit « plutôt favorable à une réécriture du RLP. Une révision devrait notamment :
• Limiter plus strictement la densité des écrans dans certaines zones déjà saturées (axes commerciaux, grands boulevards, quartiers touristiques).
• Renforcer les plages d’extinction nocturne, au-delà du cadre national minimal, afin de réduire la pollution lumineuse et la consommation énergétique.
• Encadrer plus finement la luminance et les variations lumineuses, en particulier à proximité des logements.
• Introduire des critères énergétiques plus ambitieux, intégrant la consommation réelle des dispositifs numériques dans l’autorisation d’implantation.
• Mieux encadrer les écrans en vitrine.
Au-delà des règles, leur application effective est essentielle. Trop souvent, le RLP n’est pas pleinement respecté, faute de contrôles suffisants et de sanctions systématiques. La police municipale doit être davantage mobilisée pour constater les infractions et engager des procédures lorsque les dispositifs ne respectent pas les normes en vigueur. »
Hormis le fait que les écrans sont déjà interdits dans la rue par le RLP et qu’il n’y a donc pas lieu de les limiter plus strictement, le candidat semble vouloir faire ce que la loi permet pour encadrer ceux en vitrine ainsi que procéder aux contrôles pour faire respecter les règles.
Enfin, sur les bâches publicitaires, il se dit « plutôt favorable de revoir le RLP afin de réduire significativement la taille d’affichage mais pas favorable à l’interdiction. »
Rachida Dati (Les Républicains – Mouvement démocrate – Union des démocrates et indépendants)
Rachida Dati n’a pas répondu à notre questionnaire, malgré nos relances. Son programme n’aborde pas le thème de la publicité. De plus, durant les derniers mandats (2008-2026), son groupe a approuvé le maintien de la publicité et les renouvellements des contrats publicitaires avec la Ville, défendant un secteur qui animerait la cité, qui soutiendrait l’économie et qui n’est vu que pour son apport financier.
Ces positions ne sont pas étonnantes venant du parti Les Républicains qui a profité du Grenelle de l’environnement pour autoriser les écrans numériques publicitaires et qui est contre toute tentative de les interdire depuis.
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Notes
1 Nous écrire à l’adresse contact.paris@antipub.org


